Les enlacés / Entwined
2013
papier de soie, pigments, colle
Légèreté de l’être
Suspendus verticalement, ces couples en papier de soie flottent dans l’espace d’exposition. Il y a de la magie dans Les enlacés. Comme les gris-gris, les totems ou les masques rituels, ces œuvres sont porteuses d’un pouvoir sur le réel — un pouvoir aux consonances jubilatoires.
Les œuvres d’art, à l’image des objets cultuels des sociétés traditionnelles, sont des présences vivantes, dotées d’une puissance intrinsèque qui leur permet d’agir sur le monde. Ce pouvoir repose sur leur capacité à nous décentrer, à nous confronter à l’inconcevable : la mort, l’absence, la vieillesse, le désespoir, la folie, les désordres du monde.
Les enlacés nous attirent dans cette danse. Leur vulnérabilité et leur humour invitent à un mouvement joyeux et libre. La légèreté de l’être, la dualité, la fragilité de l’existence, la conscience du temps qui passe, la nature périssable des choses deviennent ici des sujets de joie.
Les personnages, tracés et formés sur des feuilles de papier de soie peintes à grands gestes, flottent dans l’espace. D’une grande économie, le dispositif joue avec la lumière. Les légers mouvements du papier, sous l’effet d’imperceptibles circulations d’air, modifient sans cesse la lumière propre de l’œuvre, qui oscille entre matière et immatérialité.
L’ombre, le poids des choses, l’immobilité sont continuellement déjoués. La dualité des figures se fond dans une union lumineuse. La pérennité et le sérieux de l’art se dissolvent dans ces jeux joyeux.