Ces masques naissent de matériaux abandonnés — blisters transparents, fragments d’emballages, vestiges de notre quotidien consumériste. Objets conçus pour protéger, exposer et vendre, ils sont ici détournés de leur fonction première pour devenir visages.
À l’origine, le masque est médiateur : il relie l’humain à l’invisible, le social au spirituel, l’individu à la communauté. Dans cette série, ce rôle se rejoue autrement. Les emballages industriels remplacent le bois, les fibres ou les pigments naturels. Le sacré cède la place au plastique. Pourtant, quelque chose persiste : une présence, une charge symbolique, une puissance de transformation.
Ces figures ne convoquent pas un exotisme lointain. Elles font surgir l’étrangeté à partir de nos propres rebuts. Le blister, symbole de protection stérile et de consommation rapide, devient peau, regard, expression. Le masque n’ouvre plus sur un ailleurs mythique, mais sur un territoire familier rendu soudain opaque.
Entre farce et gravité, ces visages recyclés interrogent notre rapport aux objets, à la matière et à l’altérité. Ils proposent un déplacement : voir dans les déchets non pas la fin d’un cycle, mais le point de départ d’une nouvelle fiction. Le masque devient alors miroir — non de cultures lointaines, mais de notre monde emballé, fragmenté, et pourtant encore capable de magie.